Souvenirs d’Arménie

 

"Un regard impérieux et plein de bonté, à la profondeur insondable"

 Réunis pour un périple du 15 au 23 mai 2018, nous avons découvert avec quelques amis  les mille visages d’un pays fascinant, riche en temps forts et en émotions. Des ruines de la cité ourartéenne de Zvartnots jusqu’au monastère de Sourp Ghégard (la Sainte-Lance qui perça le flanc du Christ), un deshauts lieux de la spiritualité, nous avons traversél’univers minéral des hauts plateaux arides, où les vallées profondes déchirent le sol de leurs cicatrices béantes et où les crêtes rocheuses acérées, en équilibre sur les versants vertigineux, éventrent le ciel.

Nous avons aussi découvert un peuple écartelé entre deuil et renaissance. Un peuple qui s’accroche à son histoire vieille de 3000 ans et à une terre minuscule et improbable perdue au milieu du Caucase.

 

Chère au cœur des arméniens, Erevan fut fondée huit siècles avant Jésus-Christ sur les ruines de la cité ourartéenne d’Erebouni. Elle est ainsila plus vieille cité au monde ayant pu documenter la date de son établissement. Yerevants : c’est apparu (cela s’est accompli) !  C’est en prononçant ce mot que Noé aurait pris pied sur la terre du Mont Ararat au troisième jour après la fin du Déluge,

Avec la cathédrale d’Etchmiadzine, siège de l’Eglise apostolique arménienne, une des premières églises chrétiennes au monde, le musée mémorial du génocide arménien constitue le premier temps fort du voyage et nous rappelle que ce pays est plus une identité qu’une entité géographique. Avant que n’ait été perpétré ce crime contre l’humanité, combien de peuples tentèrent de réduire cette nation ? Assyriens, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Seldjoukides, Ottomans et Russes ne purent jamais occulter la volonté opiniâtre de ces gens de préserver contre vents et marées leur culture et leur religion.

Ici le vent de l’Histoire raconte la mémoire occultée, la dispersion, l’exil, les structures détruites et les guerres perdues. Le mot « immuable » semble banni de ce sol, ou ne pourrait qualifier que cette volonté farouche d’exister, avec la douloureuse conscience qu’il n’y a pas dans les guerres d’autre vainqueur que la mort. Confronté à cette extraordinaire volonté de survivre, ces mots de l’écrivain William Saroyan me sont revenus en mémoire ; « Envoyez-les dans le désert. Laissez-les sans pain ni eau. Brûlez leurs maisons et leurs églises. Voyez alors s’ils ne riront pas de nouveau. Car il suffirait que deux d’entre eux se rencontrent, n’importe où dans le monde, pour qu’ils créent une nouvelle Arménie. » Arménie éternelle !

 

Le deuxième temps fort du voyage fut le récital de piano préparé avec la pianiste virtuose Arminé Soghomonian qui nous enchanta avec ses interprétations magistrales de Komitas, Chopin, Katchaturian et Rachmaninoff. Une très grande artiste rencontrée grâce à Dominique Genin, organisatrice d’un concert à quatre mains, dans la chapelle Saint Barthélémy de Montauroux, où Arminé s’était produite avec sa sœur Anaït, autre pianiste virtuose. Un autre grand moment d’émotion qui rappela que la musique est un art majeur, source de rassemblement collectif et de partage.

"le monastère de Tatev, nid d’aigle d’une beauté à couper le souffle à plus de 1500 mètres d’altitude"

Depuis la vallée fertile au pied du Mont Ararat jusqu’au lac Sevan, par des routes qui flirtent avec le ciel,  s’enchaînent les vues de cartes postales : les vignobles et les riches vergers où domine l’abricotier, les caravansérails imposants, les stèles médiévales de pierre rouge appelées « khatchkars », les églises érigées ou excavées de l’âge d’Or, les stupéfiants monastères et la symphonie minérale des ensembles mégalithique de pierres dressées de Zorats Karer !

Au monastère de Tatev, nid d’aigle d’une beauté à couper le souffle à plus de 1500 mètres d’altitude, prend place le troisième temps fort de ce voyage. Le paysage de montagnes verdoyantes parfois couvertes de neige est somptueux. Autrefois difficilement accessible, on y arrive aujourd’hui par le plus long téléphérique bi-câble du monde ! Le murmure des sources dans les gorges sauvages souligne le silence et la sérénité du lieu.

A notre arrivée, dans l’abside de l’église, un buisson ardent de cierges brasillait dans la pénombre, lourde des voiles épais de l’encens. Venu du ciel de l’autel, le rai lumineux qui la traversait me fit penser à ce rite antique des fumigations odoriférantes pour flatter les narines des dieux par les effluves traversant la fumée : per fumum, l’origine latine du mot parfum.

Dans l’obscurité, derrière la barrière du chœur, se tenait une silhouette noire coiffée du saghavart, dont la barbe encadrait un visage grave mais juvénile dans lequel brillaient deux aigues marines : les yeux du père Michel, le prêtre qui avait choisi de se consacrer à ce monastère. Et d’y vivre.

Un regard impérieux et plein de bonté, à la profondeur insondable. Un regard de passeur qui avait la couleur des profondeurs marine et du rai de lumière bleue traversant l’espace.

J’ai pensé à l’Annonciation du Prado, de Fra Angelico, dans laquelle l’éclair de lumière qui inonde la Vierge jaillit de la main de Dieu et irradie l’espace.

J’ai pensé à la volonté de ce peuple, à la force irrépressible de son attachement à sa foi.

J’ai pensé que pour que ce pays ne soit pas la sépulture de la mémoire, il fallait maintenant écrire son histoire. La vraie, celle qui écarte les mensonges de la raison d’état et le seul récit des vainqueurs.

 

Gérard Saccoccini

 

(les photos sont de Dominique Genin)

 

Anaït Soghomonian se produira en concert à Montauroux le 1er septembre 2018.

Un très beau livre : Erevan – Gilbert Sinoué – Flammarion (2009)

Un film d’archives : Mayrig d’Henri Verneuil (Achod Malakian) - 1991

https://gloria.tv/video/72qgyM1veEhL2NFz9Zh8WkTyq

 

Zvartnots

Cathédrale d'Etchmiadzine

Erevan et le Mont Ararat

Erebouni

Musée Mémorial du Génocide Arménien

Lac Sevan

"khatchkars"

Zorats Karer

PIGNA & DOLCEACQUA

 

Tourrettes-Héritage a organisé une journée découverte en Italie

Samedi 27 janvier 2018

Trajet autoroutier vers la vallée de la Nervia.

Route vers Pigna, bourgade médiévale de la haute vallée de la Nervia.

Promenade dans la vieille ville aux ruelles pittoresques vers la Chapelle San Bernardo qui  abrite un cycle grandiose de fresques réalisées en 1482 par Canavesio sur le thème de la Passion du Christ et du Jugement Dernier.

La visite se poursuit par l'église paroissiale Saint Michel (XVème) , sa rosace aux superbes vitraux, sa nef supportée par des colonnes de pierre noire et un splendide polyptique à 36 tableaux de Canavesio.

Sur le retour, arrêt à Dolceacqua, village ligure traditionnel, dominé par le château des Doria dont les quartiers de chaque rive de la Nervia sont rattachées par un pont en dos d'âne franchissant le torrent d'un seul arc de 33 mètres dont Claude Monets'est émerveillé. Passage dans le dédale des "caruggi", ruelles sous voûtes et "rues obscures". L'excursion se termine par l'église Saint Antoine abritant le polyptyque de Sainte Dévote, patronne de la Principauté de Monaco, par Louis Brea(1515).

À LA DÉCOUVERTE DU VILLAGE DES PÉNITENTS : CERIANA

 

L'Association Tourrettes-Héritage avec Gérard SACCOCCINI 21 Octobre 2017

Habitée par des populations celto-ligures, la bourgade remonte à la période romaine du I° s.av. JC. Le site de l'oppidum fut occupé par la gens familiaris des Celii qui semblent être à l'origine du nom de la petite cité. Incorporée au domaine des comtes de Vintimille, elle fut rattachée en 1359 à la République de Gênes. Dans les ruelles tottueuses et étroites (caruggi) et les calades en escaliers, le temps s'est arrêté sur l'image immuable d'un lointain Moyen-Âge.

Les nombreuses chapelles rappellent la mission caritative importante qu'exerçaient les quatre confréries dans la société du Moyen-Âge.

Oratoire Sainte Marthe, confrérie des Pénitents Verts sous le patronage de la Sainte qui évangélisa Tarascon (nombreux reliquaires, objets de dévotion et d'art sacré)

Chapelle de la Visitation, siège des Pénitents Bleus, placés sous le patronage de la Vierge et de Sainte Élisabeth.

Tour de Saint André et chapelle de la Vierge de Douleur patronne de la confrérie des Pénitents Noirs, sur les vestiges d'un temple païen.

Église du Saint Esprit , ancienne paroisse Saint Pierre datant de 1513, ancienne structure romane des XI° et XII° s.

La Porte du Castrum Coelianae, conduit à l'oratoire Sainte Catherine, siège de la confrérie des Pénitents Rouges (lanternes de procession, chaises de prieur, stalles, urnes de vote et croix de procession)

Église paroissiale St.Pierre et St. Paul, du XVIII° s. (belle façade baroque, polyptyque de St. Pierre en chaire daté de 1526, Vierge du XIII° S., précieux autel en bois de tilleul sculpté dans la sacristie et curieuse horloge d'intérieur à eau, prototype de la monumentale horloge du Pincio à Rome).


LA PETITE RUSSIE DE NICE AVEC GÉRARD SACCOCCINI