LA MARIANNE DE TOURRETTES

 

BUSTE OFFERT PAR LE CONSEIL GENERAL DU VAR EN 1886

POUR ORNER LA NOUVELLE FONTAINE DE LA PLACE DU TERRAIL

 

D’où vient le nom de Marianne ?

 

Dans les bâtiments officiels et dans les mairies de la République, Marianne occupe la place d’honneur et son effigie se retrouve aussi bien sur les documents officiels, que sur les timbres et sur les pièces de monnaie. Si l’utilisation du visage d’une femme comme symbole de la République remonte à la période de la Révolution française, l’origine du nom de Marianne est longtemps restée ignorée des chercheurs et historiens.

Un décret de 1792 stipulait que le sceau de l'État « porterait pour type la France sous les traits d'une femme vêtue à l'antique, debout, tenant de la main droite une pique surmontée d'un bonnet phrygien ou bonnet de la liberté ». Ce bonnet, d’origine anatolienne, appelé pileus dans l'Antiquité romaine, était porté par les anciens esclaves libérés de la condition servile. Lors de la cérémonie marquant l’affranchissement, le maître les en coiffait, faisant du pileus un symbole de liberté permettant l’accès à la cité romaine.

Ainsi, les peintres voulant illustrer la République d’une figure allégorique vont s’attacher à la représenter sous les traits d’une femme coiffée du bonnet rouge, telle la fougueuse Marianne aux seins nus de Delacroix, incarnant le Liberté guidant le peuple lors des « Trois Glorieuses » de 1830.

C’est encore une femme au buste dénudé qui incarnera le Triomphe de la République de Jules Dalou, achevé en 1883, place de la Nation à Paris, entourée des allégories du Travail, de la Justice et de la Paix. Les deux lions tirant le char symbolisent la puissance du peuple guidée par le Génie de la Liberté éclairant la voie de son flambeau.

Il semblerait par ailleurs que, lors de son arrivée à l’assemblée constituante, Alphonse de Lamartine ait proposé de matérialiser la République par le buste de son épouse, Marianne, duquel il ne se séparait jamais. Hormis ce fait, et quelques autres théories jamais formellement établies, il apparaît que l’origine de l’utilisation de ce prénom, comme symbole de la République, pourrait être attribuée à une chanson du pays albigeois, la Garisou de Marianno (en français, la Guérison de Marianne), car elle fut composée, justement en octobre 1792, par un cordonnier de Puylaurens, Guillaume Lavabre. Pour la première fois donc, la République fut « baptisée Marianne » dans ce chant populaire qui se répand dans tout le Midi quelques mois après l’arrestation du roi, le 10 août 1792.                                                                                                                                                                                                

Une Marianne d’origine occitane ? 

L’artisan cordonnier de Puylaurens, poète à ses heures, suffisamment lettré pour manier joliment le verbe et s’adonner aux plaisirs de la plume (et avec une ardeur évidente à ceux de la dive bouteille), abandonnera son activité et sa famille pour devenir une sorte de troubadour, s’exprimant aussi bien en français qu’en occitan. Pour désigner la République, il choisit le nom de « Marianno » parce que ce prénom est très répandu chez les filles de la campagne dont la plupart recherche un statut plus enviable au service des riches familles de la ville. La Révolution permettra à la « Marianne », devenue synonyme de servante, de s’affranchir de cette exploitation.

Depuis l’Occitanie, ce symbole gagnera Paris sous la 3ème République avec l’arrivée aux affaires d’une classe politique majoritairement originaire du Midi qui en fera le symbole officiel de la République. Dans son ouvrage : " La Révolution vécue par la Province", l’historien Maurice Agulhon écrit "C'est bien en effet la chanson de Guillaume Lavabre, le chansonnier puylaurentais qui en donnant la première occurrence du prénom de Marianne pour désigner la République, fait de cette invention un fait méridional ou, pour mieux dire, occitan."

Guillaume Lavabre, né en 1755, meurt à Toulouse le 23 mars 1845, âgé de 90 ans ! L’association de la plume et de la bouteille serait-elle donc un heureux mariage propice à favoriser la longévité ?

Marianne, symbole maçonnique

En 1881, à l’occasion de la fête organisée par la loge « La Bonne Foi » de Saint-Germain-en-Laye, le Vénérable demande au sculpteur Paul Lecreux, dit Jacques France (1826 - 1894), lui-même franc-maçon et membre de la loge parisienne « L’Etoile Polaire », de réaliser un bronze de Marianne devant être une représentation maçonnique de la République, au motif que les francs-maçons  avaient largement  contribué  à  diffuser et promouvoir les idées républicaines nées avec la Révolution de 1789.

Jacques France présente alors le buste aux membres du conseil de l’ordre, suscitant l’enthousiasme de Severiano de Heredia (cousin du poète José Maria de Heredia) qui en fait la promotion et le fait adopter, le 9 janvier 1882, comme buste officiel de Marianne du Grand Orient de France.

Marianne, symbole de la 3ème République

A cette même époque, on cherche un emblème pour la IIIe République. Proclamée le 4 septembre 1870, elle avait connut incertitudes et tumultes. Des luttes intenses avaient opposé Républicains (radicaux et socialistes) et Conservateurs (monarchistes et bonapartistes). De même que l’Ancien Régime, comme l’Empire, avaient imposé la tradition de la présence du buste du roi ou de l’empereur dans tous les lieux officiels, la République se devait d’avoir aussi avoir son effigie.

Un Comité central des bustes de la République est constitué, en 1882, sous la présidence de Victor Hugo, alors âgé de quatre-vingts ans, et vote alors pour le choix de ce buste duquel on retire les symboles du cordon porté par le maître-maçon pour les remplacer par les trois dates républicaines 1789, 1848, 1870.

Le buste retouché devient le symbole de la république « des communes de France », fort apprécié par la presse qui publie : « Jacques  France, bien  inspiré, a donné à sa République un visage aimable, gracieux, essentiellement sympathique… C’est  une République heureuse d’avoir triomphé et regardant gaiement l’avenir».

Le Comité central où siègent Jean Masson, Louis Blanc et Emmanuel Arago, rédige une note aux élus des régions, promouvant «  Cet admirable buste de la République, cet emblème qui représente mieux qu’aucun autre la République comme nous la désirons, noble et fière, souriant doucement à tous ses enfants ».

Notons que jusque là, depuis 1848, l’utilisation du nom de « Marianne » pour désigner la République s’était faite dans la clandestinité. Par ailleurs, en 1871, le président Adolphe Thiers avait interdit la représentation de la Marianne coiffée du bonnet phrygien considéré comme un « emblème séditieux ». De ce fait, les bustes de Marianne les plus anciens sont simplement coiffés d’une couronne de feuilles de chêne, ou de rameaux d’olivier tressés d’épis de blé, que surmonte parfois une « étoile des Lumières ».

L’effondrement de l’empire, après le désastre de Sedan, fut suivi d’une période de crise et d’attente jusqu’en 1880, année où les Républicains arrivent au pouvoir, dotant la République d’un parlement et de conseils généraux. Dans les mairies républicaines, cette Marianne devient le symbole fort de ce nouvel état de la politique française, comme allégorie indissociable de la démocratie.

Elle a fait la célébrité de Paul Lecreux, artisan fondeur et artiste sculpteur sous le pseudonyme Jacques France, né le 18 février 1836 à Lille, mort à Paris le 3 juillet 1894. Il est l’auteur, entre autres, de la Marianne parée d'attributs maçonniques, de la Balle prussienne, du Souvenir de la Nuit du 4 août et d’un médaillon de La République des Commune dédié à son ami Carré, conservés au Musée de la franc-maçonnerie de Rouen.

Pendant le Premier empire et sous la Restauration, la figure de Marianne disparut. Sous le régime de Vichy, elle céda la place au buste du maréchal Pétain et, relégués dans des dépôts et des hangars, des centaines de bustes « furent mis en prison » jusqu’en 1945.

Depuis la Libération, Marianne a retrouvé sa place dans toutes les mairies avant d'être détrônée par le buste de Brigitte Bardot dans les années 1970. On dit que le président Charles de Gaulle, séduit par la fraîcheur, la spontanéité et la joie de vivre de la vedette du film « Et Dieu créa la femme », et qui considérait qu’elle avait rapporté à la France autant de devises que Renault, lui aurait proposé de poser comme modèle pour réaliser le buste de la plus célèbre des Mariannes.

Après Brigitte Bardot, Laetitia Casta, Mireille Mathieu, Catherine Deneuve et Inès de la Fressange, ont prêté leur visage à la « Marianne sage ». Mais l’image de Marianne révolutionnaire, guerrière au buste dénudé, symbolisera toujours l’idéal libertaire et le patriotisme républicain.

Les tirages destinés aux mairies, qui suivirent l’original corrigé, comportaient une plaque, sur la partie droite du socle, avec la signature du sculpteur (France) précédée de son prénom (Jacques) en bandeau vertical.

Il n’en reste aujourd’hui que quelques exemplaires, dont un conservé dans l’Hôtel de Ville de Tourrettes !

La photo ci-contre nous livre cette curieuse signature dont on ne discerne pas les détails, de prime abord. A mieux y regarder, on distingue en fond de plaque et en relief, l’inscription en lettres capitales :

P LECREUX

Sur laquelle se superpose, en lettres pseudo gothiques, le pseudonyme :

france

 

ASSOCIATION TOURRETTES HERITAGE

Document réalisé par Marc Brulé et Gérard Saccoccini. Photos Michel Auffret

Le lavoir du Boudoura

 

 

De tous temps, les lavoirs furent des lieux « de paroles » et d’échange.

Le terme boudou, en provençal, veut dire gros, gonflé. Il s’applique à la désignation du ruisseau au cours vigoureux, gonflé, ou tout simplement jamais à sec.

Le lavoir rappelle les us du Moyen âge et tout ce qui entrait dans les obligations (le ban) des co-seigneurs qui étaient tenus d’édifier des ponts, des puits, des fours, des fontaines etc…pour la protection et le bien-être des populations.

Cela donnait lieu, en retour, à la perception de taxes dites banales (issues des banalités) et, par exemple, la taxe perçue sur l’utilisation du four banal était ….. la « taxe de cuissage » !

Après la Révolution et l’abolition des privilèges, puits, fours, lavoirs devinrent communaux.

Le lavoir, appartenant à une époque révolue mais encore proche, était un lieu de vie où les commentaires (parfois peu charitables) et les ragots allaient bon train, et où l’on réussissait le miracle de colporter la nouvelle presque avant que l’évènement se soit produit !

Il est flanqué d’une fontaine qui donne son nom à la rue montant vers le saillant sur lequel le village est bâti.

 

Le Moulin brûlé

 

 

 

Il semble que dès l’origine, le Moulin Brûlé de Tourrettes ait été un moulin à huile  traditionnel auquel de multiples fonctions furent ajoutées, telles que le rouissage, le dégorgeage des grumes, le « foulage » et, à proximité, les activités de paroirs.

 

Broyage et pressage –Après lavage à l’eau froide, la fabrication de l’huile d’olive commençait par le broyage (trituration) des olives et noyaux dans un bassin de pierre circulaire dans lequel tournait une meule de pierre sur un axe central actionné par une roue à aubes mue par l’énergie hydraulique.

La pâte homogène obtenue était « bourrée » dans des scourtins, ou escourtins, (paniers ronds en fibre d’alpha - auffo -) percés en leur centre pour le passage de l’axe du pressoir. Montés en pile, les scourtins étaient pressés pour extraire les parties fluides, huile et eau, qui étaient séparées dans des bassins de décantation ; l’huile plus légère remontait à la surface.

 

Rouissage– Le verbe rouir viendrait du francique rotjan (pourrir). Il s’agit de la macération des plantes textiles (lin, chanvre), dans un bassin appelé rouissoir, pour séparer de la tige l'écorce filamenteuse. Ce bassin est encore visible dans le moulin.

Le chanvre mâle, récolté de juillet à août, rouissait plus vite que le chanvre femelle mûri de septembre à octobre. Le sommet des tiges rouissait plus lentement que les parties inférieures. Le temps imparti pour rouir le chanvre était de 6 à 8 jours en août et de 10 à 12 jours en octobre. L’opération était achevée lorsque les fibres se séparaient facilement et il était important d’arrêter le rouissage pour préserver leur capacité de résistance. On les sortait du bassin et on les étendait sur les prés pendant quelques jours.

 

Dégorgeage des grumes– Dans les moulins proches des forêts se trouvaient de longs bassins étroits, bâtis ou creusés, dans lesquels trempaient les troncs destinés aux charpentes et constructions. Il n’y a pas ce type de bassin près du Moulin brûlé mais il est vraisemblable qu’une dérivation en amont du cours d’eau ait alimenté des « mares aux poutres » creusées pour le même usage.

 

Foulons – Au-dessus du bassin, des marteaux de bois alignés était mis en mouvement par un arbre à came et pouvait servir à de multiples usages : le foulage mécanique du linge pour remplacer le battoir de la bugadière (les premières blanchisseries industrielles !), le tannage des peaux, le foulage du feutre et de la laine tissée dans de l’argile smectique pour assouplir et dégraisser la matière traitée.

Les moulins à foulon se sont développés proches des élevages de moutons lainiers, sur les cours d’eau au profit de petits seigneurs qui en détenaient les droits issus des banalités et les confièrent à bail à des fermiers (affermage). L’activité des foulons (ouvriers foulonniers) comme le lavage de la laine, le foulage du feutre ou le tannage des peaux fournies par les mégisseries, impliquait une importante manutention et de grandes quantités d’eau, et fut très vite règlementée, voire contrôlée par les fermiers généraux, sous le règne d’Henri IV.

 

Paroirs – En amont du moulin, après la prise d’eau alimentant la roue à aubes, de petites mares en terrasses, larges et peu profondes, étaient bordées de bourrelets de glaise qui se renforçaient par les dépôts de calcite et de carbonates en suspension dans l’eau de la rivière. Dans les bassins ainsi obtenus s’activaient les paraïre, ouvriers grattant la face interne des peaux destinées au corroyage, avec une lame de métal en demi-lune. Les peaux étaient mises à sécher sur des chevalets de bois, appelés paroirs. L’activité donnait souvent son nom au quartier (le lieu dit des parayres) et le mot fut aussi employé comme patronyme. En pays d’oc, depuis la Ligurie jusqu’en Catalogne, les moulins à foulons étaient utilisés pour faire dégorger les laines teintes et les ouvriers qui paraient les écheveaux avant séchage étaient appelés paraïre.