En 1423, de retour d'Egypte pour le compte des Medicis, le riche marchand Felice Brancacci ordonne la décoration de la chapelle par des fresques illustrant la vie de saint Pierre, qui était alors le patron de celle-ci. Il adresse sa commande à Masolino et Masaccio, respectivement 40 et 22 ans, qui travaillent alors ensemble. Pendant longtemps, on a considéré que le second était le disciple du premier. En vérité, Masaccio est inscrit à l'Arte dei Medici e Speziali depuis 1422. Il assiste à la cérémonie de consécration de l'église Santa Maria del Carmine et est chargé de réaliser une fresque représentant la consécration, fresque qui sera détruite à la fin du XVIe siècle, lors de travaux de restructuration du couvent. Les deux peintres étaient vraisemblablement liés par un partenariat très soudé, comme le démontre le résultat cohérent et harmonieux du cycle. Dans ces fresques Masolino fait preuve de sa maîtrise de la culture gothique tardive, décorative et raffinée, tout en adaptant son style à celui de son jeune et plus innovant collègue. Plus puissante apparaît en effet la peinture de Masaccio, peuplée de personnages à la plastique solide, insérés dans un espace réaliste et marqués par un profond et presque tragique sens de la dignité morale. La perspective confère une extraordinaire unité visuelle à tout le cycle dont le réalisme va jusqu'à utiliser la source lumineuse de la fenêtre de la chapelle pour projeter les ombres des personnages.

En raison du départ de Masolino da Panicale pour la Hongrie et de Masaccio pour Rome, en 1427, les fresques restent inachevée. À la suite de l'exil des Brancacci en 1436, tombé en disgrâce pour ses sympathies envers les ennemis des Medicis, les frères du monastère font enlever les portraits de tous les personnages liés à sa famille et, en 1460, consacrent la chapelle à la Vierge del Popolo. Ils insèrent alors un retable du XIIIe siècle. C'est seulement dans les années 1481-1483 que Filippino Lippi achève les scènes manquantes. Son intervention sobre et respectueuse de la peinture de ses prédécesseurs contribue à l'homogénéité stylistique de la chapelle.

Les fresques ont plusieurs fois failli disparaitre Après que la chapelle fut consacrée à la Vierge, un certain nombre de lampes votives ont été installées : le noir de fumée qu'elles ont produit a couvert la surface des fresques, causant de tels dégâts qu'elles ont dû être nettoyés dès la deuxième moitié du 16e siècle. En 1680 la Grande-Duchesse Vittoria della Rovere s'oppose au marquis Ferroni qui voulait transformer la chapelle en style baroque : les deux niveaux de fresques sont divisés par quatre jeux de sculptures taillées et dorées dans des encadrements de bois. C'est probablement de ce temps, pendant le règne de Cosme III le fanatique, que datent les feuilles ajoutées pour cacher la nudité d'Adam et Eve dans les deux fresques de la Tentation de Masolino et de l'Expulsion du Jardin de Masaccio. Toutefois au milieu du XVIIIe siècle une modernisation détruit les peintures de la voûte et et des lunettes. La chapelle échappa au feu alors que l'église fut dévastée par un incendie en 1771 l'église. En 1780, la chapelle est rachetée en par la famille Riccardi qui change l'autel et le plancher. Les fresques, négligées tout au long du XIXe siècle sont grossièrement restaurées en 1904. Les travaux de restauration entrepris dans les années quatre-vingt ont finalement permis de retrouver leur couleurs claires et lumineuses.

 

La chapelle, décorée à fresque par Masaccio, Masolino entre 1424-28 puis par Filippino Lippi en 1481-83, se trouve dans le droit bras du transept de l'église de Santa Maria del Carmine, consacrée à la Madone del Popolo.

 

Le cycle de fresques, à l'exception des deux premières, raconte l'histoire de saint Pierre, comme suit :

1 - Masolino : La tentation d'Adam et Eve
2 - Masaccio, Adam et Eve chassée du Paradis terrestre
3 - Masaccio, Le tribut
4 - Masolino, Le sermon de Saint Pierre
5 - Masaccio, Le baptême des néophytes
6 - Masolino, La guérison de l'estropié et le résurrection de Tabita 
7 - Masaccio, La distribution des biens et la mort de Anania 
8 - Masaccio, Saint Pierre guéri avec l’ombre
9 - Filippino Lippi, La visite de Saint Paul à Saint Pierre en prison
10- Masaccio (et Filippino lippi), La résurrection du fils de Théophile et la chaire de Saint Pierre 
11- Filippino Lippi, Saint Pierre libéré de prison
12- Filippino Lippi, La dispute de Saint Pierre avec  Simon le mage et la crucifixion de Saint Pierre

 

Naissance de la peinture des Primitifs flamands

Gérard Saccoccini

 

L’avènement des Grands Ducs Valois, en 1364, marque le début d’une prodigieuse expansion artistique alors que les « Ymaigiers du Roy », à Paris, portent à son plus haut stade de perfectionnement l’art de l’enluminure. Architectes, sculpteurs, peintres, enlumineurs et ymaigiers, de France d’abord, puis de Flandre et des Pays-Bas, seront appelés à œuvrer dans les grandes villes des Etats de Bourgogne.

 

Les Grands Ducs feront venir de Paris, puis de leurs possessions des Flandres, les peintres et les enlumineurs spécialisés dans le décor des livres d’heures, bibles et codex, commandés par le roi et ses pairs.

Originaires du Nord, Jean Malouel, Jean de Beaumetz et André Bellechose, créent à Dijon un art remarquable par la richesse des coloris et la précision du dessin qui annoncent la synthèse de l’art flamand et de l’art bourguignon.

Cette synthèse sera parachevée par les artistes du XV° siècle comme Rogier Van der Weyden (auteur du célèbre polyptyque de l’Hôtel-Dieu de Beaune) et Pierre Spicre (Danse macabre de l’église de la Ferté-Loupière) qui est aussi l’auteur des cartons d’après lesquels ont été exécutées les admirables tapisseries de l’église Notre Dame de Beaune.

 

 De l’enluminure, art subtil des ymaigiers, qui utilisent une manière extrêmement précieuse et raffinée, jusqu’aux productions des « ateliers » des villes flamandes et à la naissance de la peinture des Primitifs flamands, l’évolution des techniques se décline en trois périodes :

Vers 1365  ð influences françaises à Dijon où le mécénat des ducs favorise l’essor d’un foyer artistique important, vitrine d’un pouvoir qui soigne son image pour la postérité.

 

Vers 1400  ð influences flamandes à Ypres où une même culture unit les métiers et toutes les villes flamandes dans lesquelles l’activité artistique s’est repliée à la faveur des troubles politiques du royaume de France et de l’isolement de sa capitale.

 

A partir de 1400-1420 ð  la naissance du Réalisme, va s’organiser pour promouvoir l’esprit de la fin du Moyen-âge attisant le désir de connaissance. Le mouvement oriente les esprits et l’œil des peintres vers le réel, l’observation du relief, des volumes et de l’espace pour représenter l’homme dans son milieu : les villes, les rues, les campagnes, les intérieurs. L’explosion du commerce et de l’industrie crée la richesse des cités et invite les Flamands à jouir de la vie et à faire l’éloge du quotidien.

 

Dès 1350, dans l’Europe entière, se développe un style de cour raffiné, aux formes élégantes et gracieuses, aux draperies légères, désigné sous le vocable de « gothique international ». Les maîtres célèbres, pratiquant cet art précieux et seigneurial, gravitent dans l’entourage des princes. On les nomme « Varlets de Chambre ». Ils ont nom Jacquemart de Hesdin, Pol, Jan et Herman de Limbourg, le Maître de Boucicaut, lequel introduit dans l’enluminure une vision inédite du monde. Se déplaçant avec leurs commanditaires qui suivent les cours itinérantes, ces peintres concourent à l’extension internationale de ce style, entremêlant les influences françaises, italiennes, anglaises, depuis l’Espagne jusqu'à la Bohême, avec Paris comme pôle de rayonnement où la majorité des enlumineurs et ymaigiers travaillent pour le plus grand bibliophile du Bas Moyen Age : le duc Jean de Berry.

Avec Hennequin de Bruges et Nicolas Bataille, le plus célèbre lissier du temps, ils dictent un langage pictural d’influence française prépondérant à la cour de Bourgogne.

Cette tendance s’inverse, vers la fin du 14ème siècle, avec des maîtres confirmés tels Jean Malouel et Melchior Broederlam, dont la réputation contribue à infléchir le courant vers les Flandres.

 

Ainsi, en un syncrétisme formé au creuset bourguignon, naquirent les pistes formelles qui conduisirent au genre pictural réaliste de « l’éloge du quotidien ».

De ce réalisme pénétré d’humanisme jaillira le génie des grands maîtres de l’Age d’or hollandais.

 

Polyptyque du Jugement Dernier

ROGIER VAN DER WEYDEN

AUX HOSPICES DE BEAUNE

 

http://hospices-de-beaune.com/jugement-dernier/

 

 

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 LIMBOURG

LES TRÈS RICHES HEURES DU DUC DE BERRY (1410-1485)

Conférence de Michèle Bus-Caporali 

au 8° Festival de Choralliance 

Tourrettes, le 12mai 2018

 

Les pouvoirs de la musique

 

 

 

 

 Devant la musique, peu importe qui on est, homme ou femme, jeune ou âgé, on est l’être qui s’y évade pour s’y immerger, et qui communie avec tous ceux qui en ressentent les émotions.

 

 En premier lieu, le monde musical fait donc une offre inouïe lorsqu’on y pénètre, celle de se libérer des contingences de tous les jours. Ce qui est fabuleux !

 

Pour ressentir les émotions que la musique engendre, il s’agit d’être ouvert, sincèrement.

 

               Afin de concrétiser mes propos, je les ai fait vivre par des personnages mis en situation dans des livres.

 

Dans « Les Orgues de la République » (Editions Delatour), au sein de la basilique de Saint Maximin, deux chanteurs sont placés, chacun à son époque, strictement au même endroit. De là, chacun se livre aux résonances particulières du lieu. A la même heure du jour, ils entrent dans la même partition, avec des sentiments semblables... et on ne sait plus qui chante ! A travers les siècles, bien qu’ils aient été de sexe et d’âge différents, la rencontre s’est produite dans l’interprétation. Ni l’un, ni l’autre ne se préoccupe plus de faire connaître qui il est. Et peu importe dans quelle période de l’histoire du pays on se situe. L’âme d’un chanteur, quel qu’il soit, exprime les sentiments du rôle. La rencontre s’est produite dans l’interprétation.

 

             Cette fusion onirique est le privilège du roman, mais elle symbolise ce qui se produit au niveau de l’affect en poursuivant le même but, le même objet musical.

 

              Car c’est vers lui qu’il faut se guider. Il est offert à la liberté de ceux qui se l’approprient pour le refaçonner, le reconcevoir aux couleurs de leur âme et le transmettre, afin de traduire exactement leurs sentiments.

 

On se laisse volontiers prendre au jeu dans un livre où, finalement, le personnage principal est la musique.

 

 Après Les Orgues de la République, dans « Androgyne », le héros est volontairement mal défini. Il résulte de la fusion entre les deux acteurs précédents. C’est un éphèbe au cœur de fille. Il va se plonger dans le chant ou la danse pour exprimer des émotions qui peuvent appartenir à tous, quelle que soit leur identité. L’aventure qui est relatée dans ce volume consiste à ce que d’un événement musical à un autre (qui se sont réellement produits au cours de l’histoire dans la ville de Marseille), le héros va s’immerger complètement dans la situation. Cela lui permettra de côtoyer de grands artistes et de ramasser avec bonheur quelques miettes de leur talent.  Même en simple auditeur, le jeune acteur du livre est dans la musique, et il s’envole versceux qui l’ont composée ou interprétée à l’origine. 

 

Ce parcours est symbolique, car la musique peut vous transporter.

 

C’est aussi un parcours onirique, car la musique fait rêver ceux qui y pénètrent et se laissent pénétrer par elle. Imbibé de sons, on peut prendre son envol avec les ondes sonores, occuper tout l’espace qu’elles investissent, trouver d’autres dimensions que celles du quotidien. En se répercutant avec elles sur les limites de l’enceinte, on reprendra pied dans une réalité magnifiée, dotée d’une profondeur nouvellement accessible.

 

Les émotions, qui auront surgi ou resurgi en nous, auront réveillé ou fait vivre des facultés en latence, endormies.

 

C’est ainsi, avec ce pouvoir, qu’on peut lutter contre les effets du vieillissement au niveau cérébral par la pratique de la Musicothérapie qui tend à faire fonctionner à plein régime les circuits nerveux, et à faire céder les blocages intérieurs grâce à la concentration portée sur la musique.

 

On peut aussi combattre des douleurs en rapport avec le mental, telles que les dorsalgies, grâce à la psychophonie. Cette autre pratique utilise la résonance des ondes sonores sur tout le corps pour le réaccorder en supprimant les dissonances qui l’affectent par l’intermédiaire des tensions internes ou des conflits relationnels.

 

Mais il faut signaler surtout le pouvoir direct de la musique sur le stress : la musique écoutée réduit de 61% le taux de stress. De plus, si on lit en même temps sa partition pour chanter, on ajoute les pouvoirs décontractants de la lecture.

 

Enfin, le pouvoir de résilience évoqué d’après un témoignage véridique dans La part du feu (Editions Symétrie), est un de ceux qu’induit la musique. Avec un retour vers l’origine, on fait appel aux potentialités qu’on avait au départ, pour pouvoir reprendre la route.

 

On peut s’en remettre à la musique pour exister ou ré-exister, à travers les sentiments qu’elle fait naître ou renaître en nous

 

Mais tout doit commencer par un acte de courage. Il faut se sortir de soi-même pour s’enrichir de toutes les autres existences et découvrir de nouvelles joies.

 

Dans l’univers impalpable des sons, tout est malléable. Tout est possible. Invisible mais réel. Intangible mais perceptible.

 

               Qu’on l’écoute ou qu’on y participe, on ressort différent d’un concert réussi !

  CONFERENCES A TOURRETTES

CYCLE 2018-2019

Octobre, Novembre, Décembre 2018

Les Mercredis, 18 h 00, Salle des Romarins

 

10  Octobre  2018

Christel Leleu-Ferro

Atelier Figures Vives à Tourrettes

Gérard Saccoccini

Conférencier en histoire de l’Art

REGARDS CROISES.

LA TRANSGRESSION MODIGLIANI

Dela sculpture au dessin et à la peinture, entre réalisme et expressionnisme, le parcours atypique du figuratifau… figuratif dévoile les pistes formelles d’un artiste maudit.

17  Octobre  2018

Gérard Saccoccini

Conférencier en histoire de l’Art

LES FRESQUES DE LA CHAPELLE BRANCACCI

A Florence, un jeune peintre inspiré, dessine l’aridité des collines toscanes et peuple la campagne de saints graves, aux visages rudes et burinés de paysans dépourvus de visions mystiques. Le génie de Masaccio construit «l’univers humainement habitable» dans l’espace perspectifdéfini par Filippo Brunelleschi, « l’architecte roi du monde ».

14 Novembre  2018

Gérard Saccoccini

Conférencier en histoire de l’Art

LE STATUT DE LA FEMME AU MOYEN-AGE

Dès le 11ème s. un modèle social nouveau voit le jour, alors que la population est majoritairement rurale. Dans cette société évolutive, il est difficile d’appréhender le statut, la place et le rôle des femmes car leur histoire a été écrite par des hommes et les informations les concernant sont fragmentaires et différentes selon le pays, le milieu et le lieu de vie.

21 Novembre 2018

Charles Tinelli

Conférencier en histoire de l’Art et des Sociétés, professeur de Littérature.

LE XVIII° SIECLE ET L’AMOUR

Si le sentiment prend une place de plus en plus importante au Siècle des Lumières, une certaine littérature, l’érotisme et le divorce par consentement mutuel témoignent d’un changement de société par le triomphe de l’insolence des intrigues libertines cyniques de Laclos et le subversif Figaro de Beaumarchais, grand pourfendeur de privilèges.

05 Décembre  2018

Gérard Saccoccini

Conférencier en histoire de l’Art

VAN GOGH. INQUIETUDE ET TENSION.

OU L’IRREALISME ET LA VIOLENCE DES COULEURS

Amoureux éperdu du jeu des couleurs, de leur valeur symbolique, de leur puissance émotive, sa peinture n’est qu’une réaction du cœur, brutale comme une pulsion.

19 Décembre 2018

Gérard Saccoccini

Conférencier en histoire de l’Art

GAUGUIN, L’INTERPRETATION DE L’IDEE

OU LE NOUVEL EVANGILE DE LA PEINTURE

L’œuvre imparti par les temps nouveaux était de rétablir la filiation originelle qui fait que de l’art classique le Symbolisme a appris la nécessité de soumettre la forme au contrôle de la raison.