LA MÉTHODE LE NÔTRE

 

15 juin 22 à 18h00 Salle du Coulet

Philippe Blot-Lefevre

Président de l’Académie du Sens

Spécialiste de la performance par l’intelligence collective.

Versailles figure parmi les 15 sites les plus touristiques du monde. André Le Notre a tout conçu grâce à sa connaissance de la géométrie sacrée universelle et n'a rien écrit, ni dessiné : le Roi Louis XIV l'a fait de sa main ! La méthode Le Nôtre consiste à formaliser (donner une forme) l'intention et finalement au sens de la vie jusqu'à nous mettre en rapport avec notre subconscient …

 
 
 
 

DÉCOUVERTE DE LA CHAPELLE NOTRE DAME DES CYPRÈS

SOUS L’ANGLE DE LA GÉOMÉTRIE SACRÉE

 

08 juin 22 à 16h30


 

Philippe Blot-Lefevre

Président de l’Académie du Sens

La Géométrie Sacrée est la science des proportions, elle utilise la forme pour nous permettre de partager le sens (la raison d’être) entre nous et avec la biosphère.

Rendez vous sur place à 16h30

25 mai  2022

 

18H00 Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

André Rosenberg
Professeur de Lettres Honoraire
Docteur en Histoire.

LES SUPERSTITIONS

 


La superstition fait partie intégrante de notre culture collective.
Entre la religion d'un côté et la science de l'autre, s'étend le vaste domaine de la superstition.

 Le fait d'être superstitieux, ou pas du tout, n'enlève rien au plaisir de découvrir le "pourquoi" de ces
coutumes, de ces gestes que personne n'ignore mais dont on ne connaît pas toujours les origines.

11 mai 2022 

18H00 Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

LA PEINTURE AMERICAINE DE L’ÂGE D’OR AU RÉALISME 

Gérard Saccoccini

Conférencier en Histoire de l’Art

 

 

De 1874 à 1900, les artistes américains de l’Age d’or sont influencés plus particulièrement par la peinture française. Paris est alors le point central du marché de l’art et de la formation artistique.

A l’amorce du 20ème s., l’Amérique s’affirme sur le plan esthétique en développant une école de pensée et une culture plurielle qui lui sont propres et militera pour que l’art américain soit partout présent sur la scène internationale. Le mouvement réaliste atteindra son apogée en 1930.

27 avril

18H00 Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

 

CALOUSTE GULBENKIAN
Un bien mystérieux Monsieur « 5% » !

Gérard Saccoccini

Doté d’une immense culture, orientale et occidentale, d’une
extraordinaire faculté de projection visionnaire et d’une
prodigieuse qualité d’analyse des enjeux économiques des
débuts du 20 ème siècle, il fut un véritable ‘architecte d’entreprises’.
Amateur d’art passionné, ses collections sont réunies à Lisbonne
dans la fondation qui porte son nom.

 

L’ORDRE SOUVERAIN DE MALTE : une histoire millénaire.

 

Philippe Alexandre

  

Des origines 1048 à la création de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem.

 

L’Ordre se développe tant religieusement que militairement jusqu’en 1291, date de la prise de Saint Jean d’Acre qui force l’ordre à se replier sur l’île de Chypre  puis sur l’île de Rhodes.

 

L’Ordre y restera pendant deux siècles ce qui lui permettra de devenir une puissance terrestre et militaire.

 

En 1312 le Pape Clément V par dévolution lègue les biens des Templiers à l’Ordre qui voit ainsi ses possessions s’accroître considérablement en Occident.

 

L’Ordre développe alors les galères de religion qui mène une guerre de course aux dépens des musulmans.

 

Le XV ième siècle est ponctué par les sièges de l’île menés par les mamelouks mais sans succès pour ces derniers.

 

Le XVI ièmè siècle verra la fin de la présence de l’Ordre à Rhodes conquise par Soliman le Magnifique en 1523.

 

Les chevaliers entament ainsi une errance qui se terminera à Nice.


Charles Quint qui avait compris qu’il lui fallait un Ordre militaire en Méditerranée donne à l’Ordre l’île de Malte. Les chevaliers débarquent sur l’île en 1530 et leur Ordre prend le nom « Ordre Souverain militaire hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte, en résumé l’Ordre de Malte ».

 

A nouveau l’Ordre est assiégé par les Turcs mais le « Grand Secours » arrive à temps pour repousser les envahisseurs.

 

Cette victoire sera confirmée par la victoire de la Sainte Ligue lors de la bataille de Lépante en 1571 qui mettra un coup d’arrêt à l’expansionnisme Ottoman vers l’Europe.

 

L’Ordre continue d’organiser des expéditions contre les infidèles mais dans un but mercantile et non plus avec l’esprit des croisades.

 

Fin XVII ième siècle, l’Ordre est de plus en plus perçu comme une organisation périmée ne suscitant même plus le respect. Parallèlement à ses activités de course, l’Ordre continue à développer ses activités hospitalières.

 

La Révolution Française portera un coup très dur à l’Ordre en  lui refusant le statut d’État Souverain , en supprimant les Ordres de Chevalerie et la mise en vente de tous leurs biens.

 

En 1798, Bonaparte en route pour l’Égypte s’empare, sans coup férir de l’île de Malte.


Tous les chevaliers seront envoyés à Antibes avant de recouvrir leur liberté.

 

Les Anglais ayant succédé aux Français ne restitueront jamais l’île à l’Ordre.

 

Après de multiples pérégrinations, l’Ordre s’établit définitivement à Rome en extraterritorialité au Palais Magistral. Au 19 ième siècle, l’Ordre renait dans le cadre des associations nationales jusqu’à la restauration de la Grande Maîtrise en 1879.

 

L’Ordre se consacre désormais à nouveau à ses tâches hospitalières.

 

En 1961 une charte nouvelle sera approuvée par le Pape Jean XXIII.

 

En 1998 la République de Malte à mis à la disposition de l’Ordre le fort Saint Ange que les chevaliers avaient construit à La Valette.

16 mars

18H00

Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

 

TRACÉS RÉGULATEURS ET GÉOMÉTRIE SACRÉE AU CŒUR DE LA VIE.

Philippe Blot-Lefevre

Président de l’Académie du Sens.

 

"Formidable" signifie "Capable de la forme".

Présentée par le spécialiste de la performance par l’intelligence collective, dans un monde paradoxalement individualiste, elle interprète les grands ouvrages de l'humanité, sur 5 continents, comme autant de formalisations d'idées et d'intentions, par leurs bâtisseurs. Cette première conférence comportera deux suites.


11 mars 2022

17H30

Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

 

Dans le cadre de la semaine de l’histoire et de l’archéologie du Var

conférence organisée par le Conseil départemental (entrée gratuite)

 

« Enquêtes archéologiques. L'affaire Valerivs Procvlvs »

 

David Djaoui

 

 

Archéologue plongeur au Musée départemental Arles antique,

David Djaoui travaille sur le matériel archéologique des fouilles du Rhône.

 

 

Chercheur associé au centre Camille-Jullian (laboratoire de recherche d'Aix-Marseille université - CNRS), il s'appuie sur son expérience du musée pour simplifier son propos, sans toutefois dénaturer la complexité de la réflexion archéologique.

DE BARBIZON A L’ECOLE DE LA RIVIERE HUDSON

LA PEINTURE DE PAYSAGE

Gérard Saccoccini

 

L’école de Barbizon et l’école de la Rivière Hudson sont-elles de simples mouvements artistiques ou de véritables écoles picturales ?

Quels sont les points communs qui les relient ?

Quels sont les courants d’influence qu’elles partagent et quelles en sont les origines ?

 

 Avant toute chose, il faut considérer la provenance et l’importance des voies parallèles qu’elles suivirent concernant la philosophie, l’évolution, le développement et les pistes formelles utilisées par les générations d’artistes concernés.

 

Barbizon est le vocable qui désigne le foyer géographique informel qui reçut des groupes de peintres paysagistes animés par le désir de travailler « en plein air d’après nature », dans un élan pictural qui prit fin à la naissance de l’Impressionnisme.

Vers 1850, des milliers de jeunes artistes d’Europe, de Russie et des Etats-Unis, inscrits dans les ateliers de Paris, s’y retrouvent avec leurs homologues parisiens.

Bien qu’ils aient eu, chacun, une sensibilité, une formation, un statut social et un parcours différents, c’est autour du maître à penser, Théodore Rousseau, que s’est tissé

le fil conducteur de leur travail qui procède d’une philosophie commune de révolte contre « l’académisme d’atelier », exprimée dans un berceau commun.

Les peintres les plus connus de ce courant sont Jean-François Millet, J.B. Camille Corot, Charles-François Daubigny et Narcisso Diaz de la Peña. La plupart sont des exclus ou des rejetés du Salon officiel.

 

Leurs toiles, inspirées du Siècle d’Or hollandais et par la peinture anglaise contemporaine, favorisent la relation du quotidien, s’éloignent des drames mythologiques classiques et conduisent à l’abandon du formalisme.

Leur règle : peindre sur le motif, se fondre dans la nature avec deux toiles par jour, une pour le matin, une pour l’après-midi, pour ne rater aucun effet de lumière.

L’auberge Ganne était le point de ralliement pour la soirée d’échanges et de partage dans laquelle la fusion des idées préludait aux bouillonnements créateurs.

 

Moqués par la presse, on les appela les « plein-airistes ». Leur désir de liberté, d’affranchissement des convenances de l’académisme, de rejet de la rigueur figurative a ouvert les portes à l’Impressionnisme, aux Nabis, aux Fauves et aux Expressionnistes.

 

Cela paraît suffisant pour justifier le terme « d’ECOLE ».

 

Pour ce qui est del’Hudson River School, le vocable désigne également un mouvement artistique informel, groupant des peintres paysagistes fascinés par la beauté d’une nature grandiose et l’immensité des grands espaces américains. C’est parce qu’ils ont trouvé l’inspiration dans les paysages de l’Hudson Valley, comme les massifs des Adirondacks, des Catskill et des White Mountains, que ce nom lui a été donné.

Deux générations d’artistes l’animent :

la première, de 1820 à 1850, de sensibilité romantique, dominée par la personnalité de Thomas Cole (1801-1848), considéré comme le fondateur du mouvement,

la deuxième, introduite par Frederic Edwin Church (1826-1900), élève du précédent, couvre la période de 1850 à 1880. Cette génération est fortement marquée par la technique du luminisme et par les influences de l’école de Düsseldorf que fréquentent de nombreux artistes américains.

Le voyage en Europe est le dénominateur commun des peintres de la deuxième génération qui découvrent les œuvres des artistes de Barbizon.

 

Si l’on considère comme des étapes majeures les points suivants :

 

d’une part, l’abandon de la discipline codifiée du paysage historique au profit d’une vision de la nature peinte sur le motif, avec une sincérité scrupuleuse ;

d’autre part, la vision esthétique du paysage, sensibilisée par les courants romantiques, et naturalistes venus d’Europe ;

et enfin, le groupe de peintres de l’Hudson River comme jalon essentiel de la construction de l’image américaine, constituant le mouvement le plus remarquable du XIX° siècle ayant touché toutes les disciplines artistiques des Etats-Unis ;

on peut conclure qu’il y a là un souffle suffisamment puissant pour reconnaître une toute première et véritable ECOLE DE PEINTURE authentiquement nationale.

 

A l’instar de ceux de l’Hudson RiverSchool, parmi la centaine de peintres recensés sur la commune et en lisière de la forêt de Fontainebleau, aucun artiste de Barbizon n’a jamais revendiqué une quelconque appartenance à une école. Le terme d’Ecole de Barbizon est postérieur au mouvement et fut inventé en 1891 par le critique d’art David Croal Thompson, directeur de la filiale Goupil, Marchand d’Art à Londres.

De même, on ne connaît pas avec certitude l’auteur du terme « Hudson River School ».

Il semble que Clarence Chatham Cook (1828-1900), critique d’art de la Tribune de New York, en soit l’auteur en 1879.

 

Les deux mouvements sont nés à la même époque, au 19ème siècle, et leur durée respective s’étend sur une période d’activité concomitante, de 1820 à 1880 environ.

 

Abstraction faite des particularismes propres, le fil conducteur en est le Romantisme, apparu au 18ème siècle en Europe, affirmé à travers le culte du héros. En France, l’année 1822 signe la naissance du mouvement avecLa Barque de Dante de Delacroix qui libère ses formes de l’héritage de la Renaissance et du Classicisme et déchaîne la critique.

La France, l’Allemagne et l’Angleterre tiennent le rôle de pionniers et le Salon de Paris de 1824 en devient l’élément déclencheur avec l’exposition des maîtres anglais du paysage, et notamment John Constable avec La Charrette de Foin.

La première génération des peintres américains du paysage en intègre les influences grâce aux voyages qu’ils entreprennent sur le vieux Continent.

Au paysage-décor classique succède un paysage-émotion, tel le Cœur des Andes de Frederic Edwin Church, dans lequel la présence humaine n’est plus indispensable. Une même intimité spirituelle rapproche les artistes et permet au Romantisme de devenir l’expression du monde de l’inconscient.

Le réalisme, strictement français à l’origine, avec Gustave Courbet, touche les peintres de la deuxième génération de l’Hudson River School et se prolonge jusqu'à l’orée du XX° s., produisant de nouvelles tendances comme le Tonalisme, l’Impressionnisme et le Naturalisme.

 

Le Luminisme, enfin, caractérise la peinture des artistes de la deuxième génération des peintres de l’Hudson River School. Il livre une approche plus réaliste et plus contemplative du paysage, accentuant l’importance des détails et le rendu d’une matière lissée, comme la toile Automne, de Thomas Moran, qui, après 1880, s’opposera à la technique impressionniste de Claude Monet.

L’accent mis sur les effets de lumière d’Orage sur les Rocheuses, d’Albert Bierstadt, par exemple, atteste l’héritage des techniques des écoles européennes, notamment celui de Théodore Rousseau et les œuvres de l’école de Düsseldorf. Les plus belles expressions sont exprimées entre 1855 et 1875, une période au cours de laquelle tous ces artistes contribuent à la fondation du Metropolitan Museum of Art de New York.

 

Avec sa technique incomparable de mise en page de grands formats, conçue en Europe dans le massif alpin et appliquée à la restitution des paysages des Rocheuses, Albert Bierstadt est le dernier des grands représentants de l’Hudson River School.

 

Dès 1874, les amateurs et riches collectionneurs américains ne juraient que par la nouvelle technique de « peinture de plein air et sur le motif » venue de France.

Ils créèrent ainsi un état de fait paradoxal car la philosophie et les buts recherchés par les paysagistes américains étaient très proches de ceux qui animaient les peintres de Barbizon. Ces proximités se sont développées et resserrées jusqu’après la fin du mouvement de l’Impressionnisme qui ouvrit la voie à toutes les pistes formelles de l’art moderne.

 

Grâce aux artistes de Barbizon, tous les peintres de paysages du Nouveau Monde ont composé une ode à la nature en célébrant, en couleurs, la forêt dont la musique accompagne ces paroles indiennes des peuples indigènes des Montagnes Rocheuses.

Quand la forêt murmure, les arbres parlent entre eux.

Ils parlent aussi à ceux qui les écoutent et au sage qui se tait pour entendre leurs voix.

Ils portent toutes les voix de la nature et enseignent le pouvoir et la magie des mots :

Le parfum du vent lavé par la pluie du matin, et aussi le bruit ténu des saisons,

Comme la déchirure du bourgeon qui éclate et le froissement des feuilles qui se déroulent,

Tous les bruits de la Nature…

La Nature précieuse car elle apprend à l’homme le respect de la Vie…

 

 

 

 

L’OURS ET LE CHAMANE : concurrents et complices !

 

La date - 2 février - de la conférence "L'ours et le chamane" correspond à ce thème de la manière la plus symbolique possible, car en météorologie populaire, elle est directement liée à l'image de l'ours qui, selon les proverbes français, est censé sortir ce jour-là de sa tanière pour annoncer la fin de l'hiver et le début d'une nouvelle saison. Dans les cérémonies sacrées que nos ancêtres préhistoriques organisaient à cette période liminaire de l'année sur l’espace eurasien, l'ours était le personnage central. La fête de l'ours, qui a été complètement évincée du répertoire culturel de l'Europe occidentale par l’évolution de la civilisation moderne, a néanmoins laissé une trace visible dans la nomination populaire du 2 février : le terme «Chandelours».

            Dans les mythes des peuples de Sibérie, chez qui l'ours a régné jusqu'à la soviétisation, l’animal est représenté comme le sauveur du soleil, volé par son protagoniste. Il y est décrit comme le fils d'une divinité céleste possédant les traits d'un homme, puni pour avoir transgressé les règles établies, et envoyé sur terre où il se retrouve transformé en bête de la forêt. Les Ewenki, les Komi, les Khanty et les Mansi organisaient le festin de l'ours immédiatement après une chasse réussie, qui était pratiquée selon des règles codifiées, tandis que chez les Nivkhs et les Aïnous, c'était un acte solennel : celui du sacrifice de la bête élevée pendant plusieurs années en tant que membre de la communauté des hommes.  La fête sacrale dédiée à l'ours devait le satisfaire par les honneurs qui lui étaient rendus en confirmant ainsi son statut de maître des animaux, médiateur entre la Nature et l’humanité, entre le monde céleste et le monde souterrain. Les hommes présentant la fête comme un don demandaient, en retour, que leur soient accordées protection, aides pour une chasse fructueuse et l’assurance de leur prospérité.

            Il est connu que le chamane se représente également en tant que médiateur entre le monde humain et l’environnement invisible. Dans cette fonction, il est semblable à l’ours. Et il a un avantage sur lui : contrairement à la bête, il a un langage compréhensible par les membres de sa communauté et peut dialoguer avec ceux qui reconnaissent ses compétences spirituelles. Pour articuler son pouvoir, il essaye  doubler le maître de la taïga. De nombreuses légendes relatent la capacité de certains chamanes à prendre l’apparence d'un ours. Les signes explicites de ces métamorphoses sont des capes faits de la peau entière de la bête, des masques et autres attributs, comme ses images sur le tambour et le battoir. Mais le chamane, en tant que tel, ne jouait aucun rôle dans la fête de l'ours et s'il était présent, c'était uniquement en tant que membre ordinaire de la communauté. Ceci, d'ailleurs, montre que le cérémonial sacral dédié à l'ours s'était formé bien avant que le chamanisme prenne l’importance d’une institution socioreligieuse.

 

19 janvier 2022

18H00

Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

 

Thierry Ménard

Botaniste,

Professeur Agrégé de Sciences de la nature.

 

LA BOTANIQUE MYSTÉRIEUSE DES ÉCOSYSTÈMES SECRETS.

Ce sont ceux que le commun des mortels ne regarde pas. Parce qu’il les ignore, parce qu’ils sont secrets, parce que le monde qu’ils abritent est trop petit et échappe à l’examen superficiel de notre environnement. Ce monde, c’est celui des mousses, délicates et surprenantes, celui des hépatiques, aux formes étranges et parfois, aux allures de monstres. Celui enfin des lichens, étonnants organismes aux multiples aspects et aux couleurs incroyables. Vous apprendrez à découvrir un monde inconnu et remarquable en vous approchant au plus près de ces organismes tellement insignifiants et pourtant si singuliers et captivants.

Dante, par Sandro Botticelli (1495)

Mercredi 1 décembre 2021  18H00

Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

Dante Alighieri.

Comédie, ou Divine Comédie ?

Gérard Saccoccini

 

Dante Alighieri, de son vrai nom Durante degli Allighieri (dit Dante) fut un penseur, écrivain, poète et homme politique de la République de Florence, où il naquit en 1265, vraisemblablement entre mi-mai et mi-juin. La cité est alors déchirée par les luttes entre « guelfes » partisans du pape, et « gibelins », partisans de l’empereur germanique.

 

Sur le site historique où s’érigeait la maison familiale, la ville de Florence a acquis le terrain et fait reconstruire « la maison de Dante » à titre d’hommage au divin poète et pour en garder la mémoire.

Qualifié de « sommo poeta » (poète majeur) du Moyen-âge en Italie, il fut désigné comme « le poète » accompli, père de la langue italienne issue du dialecte normatif toscan qu’il imposa comme langue littéraire avec Pétrarque et Boccace, composant avec eux les trois couronnes de la langue italienne.

C’est dans cet idiome qu’il écrivit, entre 1303 et 1321, la Commedia, qui deviendra la Divine Comédie, son chef-d’œuvre, considéré comme une pièce d’anthologie majeure de la littérature mondiale et un témoignage parmi les plus importants de la civilisation du Moyen-âge.

 

Après l’écroulement de l’Empire romain, le Haut-Moyen-âge débute par la désagrégation de cette entité en une mosaïque de petits états dans lesquels les populations ne partagèrent plus une langue unique, ni une loi, ni une culture commune car la société civile se morcela, au gré des mouvements, des apports extérieurs et des interpénétrations de peuplades barbares. Une multitude de particularismes locaux ont favorisé la floraison d’usages, de coutumes, de dialectes et de cultes, annihilant pour des siècles tout esprit unitaire propre à fédérer les peuples italiques.

A l’examen des nombreux dialectes, Dante arrive à la conclusion qu’aucune langue vulgaire n’a de prééminence et ne peut s’imposer. Il réfléchit alors à une langue vulgaire unitaire qui pourrait prévaloir à titre d’idiome universel et couvrir toute la péninsule.

Parce qu’il a choisi le dialecte toscan plutôt que le latin, et parce que la puissance et le rayonnement de son œuvre ont conduit Pétrarque et Boccacio à écrire aussi en dialecte, il est ce géant de la littérature italienne qui a posé la première pierre des fondations de la langue italienne moderne.

 

Banni de Florence qu’il ne revit jamais, le génie de Dante aura été d’avoir permis de construire une patrie unique, une patrie plus grande, une patrie plus belle encore que celle dont on l’avait privé, une patrie magnifique qui s’impose comme le plus beau des cadeaux offerts au peuple italien.

 

Même si, aujourd’hui, la dictature du politiquement correct et les déviances de la pensée unique engagent une polémique dont la finalité vise à « purger » le texte original de tous les éléments qui seraient susceptibles de froisser certaines convictions religieuses communautaires, voire de le retirer des programmes scolaires.

Selon le poète britannique T.S. Eliot « Dante et Shakespeare se partagent le monde moderne, il n’y a pas de troisième homme ».

 

En 2020, le Conseil des ministres italien a acté le 25 mars comme journée officielle de commémoration de Dante (Dantedi), sur le rapport des spécialistes ayant établi que c’était la date du début du voyage en Enfer et de la rencontre avec Virgile. Parce qu’il fut enseveli dans la terre d’accueil de Ravenne, devenue le creuset de la construction d’une patrie universelle, la ville refuse toujours de restituer à Florence les restes du poète qui a inventé l’Italie !

Mercredi 24 novembre 2021  18H00

Salle Polyvalente du Coulet à Tourrettes

 

 

Urbino, la ville de « l’Humanisme paisible ».

La cité et ses génies.

Gérard Saccoccini

 

 

 Urbino est une ville paisible, accueillante, ouverte, qui se livre sans retenue au visiteur soucieux d’appréhender le visage authentique d’une cité d’Italie. Sur le plan de l’équilibre urbain, de la mesure parfaite de l’espace, du terroir et de la société, elle s’avère être le siège harmonieux de tous les rapports et de toutes les fonctions de l’ancienne polis grecque, c’est-à-dire l’osmose accomplie de la cité et de son territoire.

 

Il est intéressant de souligner que, pendant toute la Renaissance, tout ce que l’on demande à l’artiste hébergé à la cour d’Urbino c’est d’avoir du génie. En contrepartie de quoi il bénéficie du gîte et du couvert au palais, ou bien, s’il loge en ville, de subsides conséquents. Sa liberté de pensée est totale.

 

A l’inverse de ce qui se passe à Florence, à la cour des grands ducs de Toscane, point n’est besoin de plaire pour être en grâce, ni de se soumettre au jeu subtil des luttes d’intérêt pour s’y maintenir sans risquer de tomber en défaveur, car les caractères de la trempe d’un Benvenuto Cellini sont extrêmement rares.

 

 

 

Bénéficiant d’un mécénat humaniste raisonné, dispensé d’adhérer au parti du pouvoir, dégagé de l’obligation de « paraître » et de toute contingence matérielle, l’artiste jouissait pleinement du statut d’homme libre, exprimant son génie dans un environnement riche et serein. Sous la sage administration d’un humaniste protecteur, esthète éclairé, voilà ce que la ville pouvait offrir à ses enfants.

 

A ce titre, si Florence demeure le creuset incontesté du génie italien et de la Renaissance universelle, incontournable pour qui veut s’abreuver aux sources du savoir, on peut affirmer qu’Urbino, toutes proportions gardées, fut sans doute l’exemple idéal du berceau de la Renaissance humaniste.

 

 

 

 

 

Lorsqu’en 1404, le domaine au cœur des Etats pontificaux fut donné à Guidantonio de Montefeltro, alors seigneur du fief de Gubbio, c’était un comté rural d’une extrême pauvreté. Le comté de Montefeltro, augmenté de la seigneurie d’Urbino qui deviendra un duché en 1443, comptait alors un peu plus d’une centaine de villages répartis autour de quelques villes et châteaux, peuplés d’environ 50 000 habitants.

 

A l’avènement de Frédéric, quarante ans plus tard, celui-ci prit l’engagement de ne jamais peser sur les finances locales, convaincu que le comté ne devrait jamais pourvoir à ses revenus mais que c’est à lui qu’il incomberait de subvenir aux besoins du territoire.

 

Associées à la science des armes, la conduite prudente de la guerre, l’éducation humaniste et la philosophie aristotélicienne du « bon gouvernement » lui assurèrent la fortune et la stabilité qui lui permirent de se consacrer à ses ambitions princières.

 

Engagé dans un grand effort de réorganisation politique du domaine, Frédéric accorda une attention particulière aux problèmes urbanistiques, architecturaux et sociétaux, marquée par les idéaux humanistes développés par l’architecte Leon-Battista Alberti et par le philosophe Marsile Ficin qui résidaient à sa cour.

 

Dans ce creuset, se fondirent les influences flamandes, germaniques, siennoises, florentines et du royaume de Naples pour forger l’âme de la ville et la conscience du mythe renouvelé de la « cité idéale » harmonieuse, ordonnée et fonctionnelle.

 

 

 

Cette conscience marqua d’une empreinte indélébile tous ses artistes et tous ses enfants, et plus fortement encore, ceux qui, comme le grand Raphaël, eurent le privilège de naître en ces lieux qu’ils n’oublièrent jamais.

 

 

Mercredi 10 novembre 2021.

 

 

LE PREMIER ART ROMAN

 

Des origines au XII° siècle

 

Ampleur et puissance d’une architecture maitrisée

Gérard Saccoccini

 

 

 

En 1818, l’archéologue Charles de Gerville « invente » l’adjectif « roman », aujourd’hui fortement enraciné dans notre vocabulaire, pour définir une séquence particulière de l’histoire de l’art médiéval jusqu’alors englobée, non sans mépris, dans le terme « art gothique » !

 

Une certaine philosophie naturaliste transposait au domaine de l’archéologie une doctrine appliquée à l’étude des langues, établissant que les idiomes « romans » étaient issus du latin et, de la même manière, conduisait à considérer que l’architecture des XIème et XIIème siècle représentait une forme décadente et dégradée de l’art de construire que Rome avait imposé à l’Occident.

 

Alors que le temple romain n’est que le cadre convenu d’une pratique religieuse officielle, mais dépourvue de spiritualité, l’église romane, plus que le cadre d’un discours religieux est elle-même ce discours dont la grammaire et la syntaxe proviennent directement de chaque pierre et de chaque élément de structure.

 

 

 

La naissance de l’Art Roman s’est opérée dans un total bouleversement des structures sociales à l’avènement du système féodal remplaçant le pesant édifice carolingien. La puissance centralisée sera relayée par un organigramme complexe de fonctionnaires, atomisée en une mosaïque de seigneuries évoluant vers l’indépendance. Phénomène majeur de la civilisation occidentale, l’architecture romane aura la France pour berceau et témoignera de la vigueur inventive d’une jeune civilisation, de sa ferveur religieuse et de son unité induite par la volonté centralisatrice du jeune royaume Capétien.

 

 

 

C’est sans doute de la vision de formes animales (et humaines) suggérées par les courbes d’une pierre dans le lit d’un ruisseau, ou d’un os trouvé sur le sol, et que l’adjonction de quelques traits gravés va accuser et révéler, que naquit la sculpture ! C’est probablement de l’assemblage de mégalithes pour recouvrir un dolmen (premier ensemble construit) que prit forme l’idée du linteau ! C’est peut-être ainsi, au lointain néolithique, que l’Homme découvrit l’architecture !

 

 

 

A l’orée du IXème s., alors que l’Empire carolingien est à son apogée, se forge un langage stylistique propre, par lequel l’Art Roman propose à l’Occident le formidable apport de sa première grande synthèse.

 

La période préromane, tentera de résoudre les questions d’espace conceptuel en pensant l’édifice dans sa totalité, pour le soumettre à la nécessité d’adaptation à la vie religieuse ou sociale. Elle représente la Genèse de l’Art Roman !

 

Cet art de construire est né, après une longue gestation nécessaire à l’assimilation des modèles antiques grecs et romains, des apports barbares, byzantins, arabes, mozarabes et arméniens, fondant au même creuset les racines celtiques et les traditions carolingiennes de l’orfèvrerie et de l’enluminure.

 

 

 

De la fin du IXème à la fin du XIème siècle (voire au milieu du XII° siècle), se sont exprimés les influences territoriales et les particularismes locaux qui ont conduit à l’élaboration du premier Art roman, qui regroupe à la fois l’architecture et les disciplines de la sculpture décorative, de la statuaire, de la miniature et de la peinture.

 

Apparu progressivement et presque simultanément dans plusieurs régions de l’Occident européen, il est le produit d’une période de grande expansion économique et va se construire à partir des caractéristiques propres à chacun des terroirs. Mais compte tenu d’un certain caractère unitaire affirmé et suffisant pour l’identifier, il sera considéré comme le premier style international. Si son domaine d’expression est essentiellement religieux avec l’adoption du plan basilical pour les églises, il ne faut pas écarter les constructions civiles pour lesquelles se généralise l’emploi de la voûte en berceau.

 

 

 

Le 1er juin 989, le Concile de Charroux (près de Poitiers) lançait le mouvement de la Paix de Dieu par l’excommunication de tout individu ayant dépouillé un paysan ou brutalisé un clerc désarmé. Ceci marquait la reconnaissance d’une société dont la richesse était le revenu de la terre.

 

L’Eglise, accablée par le poids des charges politiques qu’elle assumait, pouvait se rénover dans l’obscur abri des cloîtres et insuffler un nouvel état d’esprit. Elle inspira alors une création artistique et littéraire annonçant les renouveaux des siècles suivants et l’arrivée d’un grand style maîtrisé que caractérisent l’ampleur et la puissance !

 

Dans le demi-siècle suivant le Concile, des constructions grandioses furent lancées comme Saint-Bénigne à Dijon en 1002, Saint-Rémi à Reims en 1010, puis en 1037, Saint-Pierre de Jumièges et, en 1050, Sainte-Foy à Conques.

 

 

 

Parce qu’elle couvre une longue période, tenter de définir l’architecture romane peut sembler réducteur dans la mesure où elle rassemble des réalisations d’une très grande variété, échelonnées sur un espace-temps très vaste. De plus, confrontés à une datation incertaine, certains observateurs ont parfois attribué le qualificatif « roman » à des édifices qui présentaient des techniques et des critères romans vraisemblables, comme la voûte en berceau, les chapiteaux historiés ou des arcs en plein cintre.

 

A contrario, bien des édifices romans authentiques reçurent souvent une couverture charpentée en lieu et place d’une voûte. Bien des chapiteaux ne furent jamais historiés.

 

Le berceau plein cintre ne peut à lui seul être retenu comme preuve car il fut moins utilisé que l’arc légèrement brisé, plus fréquent pour projeter une voûte plus élevée, notamment dans l’architecture lombarde.

 

 

 

Gérard Saccoccini

 

13 octobre 2021

 

 

Un fief des Villeneuve-Tourrettes

 

C’est en 1134, que la mention du lieu-dit La Napoule apparaît, pour la première fois, sous la forme de Epulia, déclinée en Epuliam, Napolam puis Napola. Il s’agissait d’une partie du territoire désigné sous le nom d’Avignonet, une coseigneurie partagée entre les évêchés de Fréjus et d’Antibes. Un premier château fut construit vers 1180 sur le Mont San Peyre, vraisemblablement par les abbés de Lérins et de Maguelonne. Cette position dominante avait déjà été choisie par les Phéniciens, puis les Ligures Déciates, pour contrôler le delta des vallées de la Siagne et de l’Argentière, traversé par la mythique Voie héracléenne.

Le site est détruit en 1387 par Raymond de Turenne, le Fléau de la Provence, lors de la guerre qui l’oppose à Marie de Blois, régente de Provence, épouse de Louis 1er d’Anjou, roi de Naples. 

 

En 1224, l’abbaye de Lérins hérite de tous les droits féodaux attachés au territoire d’Avignonet.

La même année, pour des raisons sécuritaires, le siège de l’évêché d’Antibes est transféré à Grasse, en la cathédrale Notre Dame du Puy. Les droits concédés à l’évêque appartiennent désormais au chapitre ; Avignonet devient le Capitou (le Chapitre), appellation conservée jusqu’à nos jours.

En 1284, l’abbé de Lérins cède Epuliam, partie des terres du castrum d’Avignonet, à Raimond de Fayence, de la famille des Villeneuve-Tourrettes. Erigé en coseigneurie, le territoire figurera sur les actes officiels sous le nom de La Napoule et restera dans le giron de la famille jusqu’au XVIII° siècle.

 

Les Villeneuve-Tourrettes

Venu du Languedoc, le catalan Giral de Villeneuve obtenait, en 1201, l’inféodation des terres des Arcs et de Trans en qualité de vassal d’Alphonse II d’Aragon, comte suzerain de Provence. Il eut trois fils : l’aîné, dont le prénom était sans doute Giraud, est à l’origine de la branche des Arcs. Le second, nommé Raimond, dont le fils épousera Alix de Blacas, fonda la famille de Tourrettes-lez-Fayence. Quant au cadet, Romée, il est à l’origine de la branche des Villeneuve de Vence. Il fut grand argentier, sénéchal et ami fidèle du comte de Provence Bérenger V, en même temps que le tuteur de sa fille cadette, Béatrix, qu’il maria à Charles, frère de Saint-Louis roi de France, favorisant la mainmise de la famille d’Anjou sur la Provence.

 

La terrible attaque de Raimond de Turenne qui détruisit Avignonet, rasa le château et soumit au pillage le bourg de Napolam (La Napoule) en 1387, semant la mort, la terreur et les dévastations pendant 12 ans. Cette même année, le 17 juillet, Marie de Blois, comtesse de Provence, épouse de Louis 1er d’Anjou, roi de Naples, confirme par lettres-patentes la juridiction de Guillaume de Villeneuve-Tourrettes, avec privilège de justice, sur les domaines de Tourrettes, Mons, La Napoule et Esclapon. Pour organiser la lutte contre les pirates génois, biotois, niçois et autres barbaresques, le château fut construit ex-nihilo en bordure du chemin littoral, sur le site qu’occupe encore l’édifice actuel. Il fit l’objet d’un acte de paréage entre la famille de Villeneuve et le chapitre de Grasse qui fut autorisé à prélever 2000 ducats pour restaurer le castrum ruiné, édifier une ceinture de murailles, une tour de garde et reconstruire la résidence épiscopale.

 

Le temps de la prospérité retrouvée – Pierre le Magnifique

 

En 1630, le cardinal de Richelieu fait renforcer, tout le long du littoral, le système de défense contre les ottomans et prépare activement la campagne de 1637 pour la reconquête des forteresses et des îles aux mains des Espagnols, notamment Lérins.

Dans cette période, le 11 juin 1639, Pierre de Villeneuve vient au monde à Tourrettes. Fils de Gaspard, marié à Marguerite de Grasse, il poursuit l’œuvre de son père qui avait pallié le mieux au dépeuplement consécutif à la peste et aux six dernières années des guerres de religion par deux actes d’habitation. Le premier acte confirmait les franchises octroyées aux 24 familles napoulenques, le second l’installation de 60 nouvelles familles venues de Triolle (Triora), en Ligurie. Ces familles ignoreront tout d’un pays ruiné, de sa mémoire, des noms anciens et des traditions qui disparaîtront.

 

Obstiné, intelligent et pugnace, il fait ériger sa terre de Tourrettes en comté puis, par arrêt du Parlement de Dijon, le titre de « Premier Marquis de France » lui est adjugé le 8 août 1689 avec la seigneurie de Trans, qui avait été donnée par Louis XII en apanage aux Villeneuve-Trans, en 1506.

Blessé pendant la campagne de Hollande, il quitte le service et obtient la charge de lieutenant du roi en Provence. Il rend à son tour hommage pour le fief de La Napoule en 1674.

Les domaines réunis sont énormes et la fortune que Pierre Le Magnifique accumule donnent une ère de faste à sa maison. Privilège suprême, hérité des Villeneuve-Trans, il est autorisé à ajouter à son blasonnement la fleur de lys d’or au centre de l’écu. A sa demande, une carte de la seigneurie de La Napoule et de ses dépendances a été dressée, en 1690, par le graveur parisien Adam Perelle. Elle montre le bourg et le château de La Napoule entourés par le Riou de l’Argentière et la Siagne ainsi que la grande Roubine qui draine les marécages qui entourent Arluc et sa chapelle Saint Cassien.

Ambitieux et dépensier, Pierre de Villeneuve fait restaurer le château cantonné de quatre tours, deux rondes sur la mer et deux carrées côté terre. Fort avisé et soucieux de se ménager des revenus, il fait creuser un four à chaux, édifier les moulins, construire une savonnerie et aménager, au pied de la grande tour, le four banal qui rappelle l’obligation pour les habitants d’y venir faire cuire leur pain.

Le village reconstruit sur un plan régulier dans sa ceinture de murailles percée de deux portes, à chaque extrémité de la rue Droite (ou Grand’rue), abrite les familles fixées par le contrat d’habitation, soient près de 90 feux qui occupent le bourg et ses écarts immédiats.

 

Mais ce sont surtout les pêcheries qui assurent la plus grosse partie du revenu, avec leurs calles, leurs madragues, leurs innombrables filets, pontons et engins divers, inscrits dans un droit souverain de la mer complexe dont se prévaut le marquis.

Détenu depuis la fin du 13ème siècle par les Villeneuve, ce droit peu ordinaire évolue à chaque renouvellement de l’acte d’inféodation. Il suscite de nombreuses réactions pour ce qui est de la préférence accordée aux habitants de La Napoule pour l’attribution des calles, souvent contestée par les pêcheurs cannois. En 1521, ces derniers avaient obtenu licence de pêcher, sans restriction, sur les côtes du golfe, moyennant la redevance de 1/24ème des prises au bénéfice du seigneur.

 

Chaque sorte de pêche, parfaitement documentée, fait référence à la fonction, la destination et le lieu (calle) où elle s’exerce : pour le thon, 6 madragues peu profondes vers lesquelles les bancs de thons sont poussés jusqu’à l’échouage, et tonnaïre,sorte de bassins flottants, formés de filets d’encerclement pourvus d’un chenal d’accès.

Pour les sardines, anchois, maquereaux et espéons, 120 calles rigoureusement définies ainsi que 13 sites pour les rissoles. Sont également réglementés : la pêche aux bordigues, trahins et entremaux pour petits poissons, la pose des nasses, les outils de capture comme tridents et cannes à oursin ainsi que les lieux de mouillage des palangres.

 

Ce droit, acté avec une grande netteté, s’exerce sur le rivage compris entre l’anse de la Figueirette et les Roubines d’Arluc. Il interdit aux forains et non habitants du fief de pêcher dans l’étendue maritime de cent libans au-delà dudit rivage sans la permission du seigneur. Précisons que ce dernier, une fois l’attribution faite des calles, ne se privait pas d’en allouer d’autres aux pêcheurs cannois pour augmenter ses gains. Le liban désignait la corde de chanvre utilisée dans la pêche à la madrague, mais aussi pour l’amarrage des navires et pour le halage des bacs traversant la Siagne et les étangs d’Arluc. Sa longueur, estimée à 23 brasses, soient environ 40 mètres, permet d’évaluer la distance, à partir du front de mer, au-delà de laquelle il était permis de pêcher librement, à savoir 4 kilomètres.

 

CONCLUSION

 

Pierre le Magnifique, homme violent et superbe, mourut en 1697. Il avait dépensé tant et tant d’argent que sa maison était au bord de la ruine. Il avait épousé Marie-Françoise de Bitaud, veuve de fort bonne lignée originaire de Grasse, qui lui donna 13 enfants parmi lesquels Pierre-Jean, le dernier des Villeneuve-La Napoule. Pierre-Jean dut organiser la défense de la Provence, lors de la Guerre de Succession d’Espagne contre une nouvelle invasion des troupes de Victor-Amédée II, duc de Savoie, allié aux Autrichiens. Cela devenait une habitude. Pour faire face aux dettes de son père et aux dépenses de restauration, il mit en vente la seigneurie et le château.

Acheté par Dominique de Montgrand de Mazade, Receveur Général des Gabelles, Conseiller du roi, le château est pillé et abandonné à la Révolution. Il sera transformé en verrerie dans les fours de laquelle brûleront tous ses bois de charpente, avant que d’être racheté par Monsieur Charrier, parfumeur implanté à Grasse à la fin du 19ème siècle, pour échoir enfin à son héritier, Monsieur Béranger, qui le met à son tour en vente pendant la Première Guerre Mondiale.

 

En novembre 1918, Henry Clews fils d’un riche banquier new-yorkais achète, avec son épouse Mary, un château passablement ruiné pour en faire leur résidence : ils vont consacrer au projet vingt années de leur vie. Ils sont les concepteurs et maîtres d’œuvre d’un curieux mais harmonieux ouvrage néo-médiéval. Henry développe un bestiaire sculpté fantastique orné de devises qui renvoient à des contes de fée et dévoile le romantisme et la complicité d’un couple amoureux, artiste et fantasque (le monogramme de Mary est répété à l’infini).

Once upon a time… Il était une fois une demeure d’éternité : ce fut le vœu des deux époux qui firent bâtir à l’entresol de la tour Mancha, une chambre funéraire avec le caveau dont la dalle est restée entr’ouverte. Au dernier étage, une pièce condamnée où nul ne pénètre accueillera leurs âmes réunies, cent ans après la mort du dernier vivant. Once upon a time

Henry est décédé le 28 juillet 1937, Mary en 1959, après avoir pris tous deux un rendez-vous romantique pour leurs retrouvailles en 2059. Pour les accompagner, quel plus beau poème aurions-nous pu choisir que celui dont ces vers sont extraits :

Heureux ceux-là qui n’aiment rien !...

Ils ne sont sujets aux traverses,

Aux ennuis, aux peines diverses,

Que souffrent ceux qui aiment bien.

(Marc de Papillon, seigneur de la Source, 1555-1599, grand poète de la Renaissance quoique méconnu)

 

 

Sur la façade de l’ancienne mairie de Tourrettes,
une discrète plaque commémorative

29 septembre 2021

 

L’ÉTRANGE MONSIEUR AUBIN

Contributeur imprévu auProgramme Mémoire du Monde de l’UNESCO

Gérard Saccoccini

 

Joseph Marius Alexis Aubin est né à Tourrettes, dans le Var, le 18 juillet 1802. On sait que son père était originaire du village de Mons mais l’on ne possède que peu de renseignements sur sa vie et son parcours scolaire depuis l’école primaire jusqu’à son passage par l’École des Beaux-Arts et par l’Ecole normale. Il fut nommé au poste de directeur de la section des sciences à l’École normale supérieure et resta en exercice à l’Université de Paris jusqu’en 1830, année de son départ pour le Mexique.

En 1830, à vingt-huit ans, Aubin rejoint la mission archéologique française qui part pour le Mexique sous les auspices des scientifiques Arago et Thénard.

L’intérêt pour l’américanisme, s’il faisait figure de nouveauté au début du XX° siècle, fut suscité par les récits de voyageurs avant la conquête espagnole, entretenu par les érudits et les scientifiques pendant la période coloniale, mais restait en fait très confidentiel et réservé à quelques initiés.

Au cours de son séjour de dix années, Aubin réunit une vaste collection de dessins et de manuscrits. Elle se composait, d’une part, de manuscrits, peintures, et d’un grand nombre de chroniques en nahuatl provenant de la succession des fils du célèbre astronome Antonio Gama et, d’autre part, des éléments de la collection réunie par Lorenzo Boturini, historien, ethnographe et collectionneur, sujet autrichien d’origine italienne.

Subjugué, Aubin quitta la mission archéologique française pour se consacrer à l’étude des anciens manuscrits. Pour subsister, il fonda un collège franco-mexicain, qu’il vendit en 1840, avant son retour en France. L’établissement serait donc le lointain ancêtre du Lycée actuel fondé en 1937 pour la communauté française de Mexico.

 

Les conditions rocambolesques dans lesquelles s’effectua le départ étaient dues à l’obligation de dissimuler aux douaniers mexicains ses précieux grimoires qu’il répartit dans plusieurs cantines bourrées de notes inutiles et de vieux papiers.

On peut imaginer le travail colossal qu’ont représenté le récolement et le reclassement de toutes ces notes en vue de constituer un mémoire raisonné des travaux de décryptage minutieux effectués par Aubin, glyphe après glyphe. Un travail fort heureusement facilité par l’apprentissage de la langue phonétique Nahua pour en acquérir la maîtrise, durant les années passées au Mexique.

 

Il fonda, en 1857, la Société Américaine de France, société élargie en 1859 pour devenir la Société d’Ethnographie Américaine et Orientale. Il fut l’un des membres, nommé le 27 février 1861, à la Commission Scientifique du Mexique appelée à collaborer, avec l’élite scientifique mexicaine, des académiciens de l’Institut de France et des savants. Un pareil panel de sommités constituait pour lui une véritable reconnaissance de la somme des connaissances acquises et un hommage appuyé au « Champollion de cette seconde Égypte » (Albert Réville, théologien).

 

Aubin s’était ruiné dans de malheureux investissement lors de la souscription, ouverte en 1880, pour la construction du canal de Panama (qui déclenchera un énorme scandale). Il est vraisemblable que ce sont des difficultés financières qui l’ait incité, début 1889, deux ans avant sa mort, à accepter la proposition d’achat de sa collection, présenté par l’antiquaire Eugène Boban, agissant pour le compte du collectionneur Eugène Goupil, mécène et entrepreneur franco-mexicain.

La collection était encore constituée d’un amoncellement de documents dans un tel état de confusion au moment de la vente que l’acquéreur chargea Eugène Boban de remettre de l’ordre de « ce fouillis » et la relation qu’il en fit est très édifiante :

« (…) M. Aubin avait la manie d’écrire au hasard sur la partie restée en blanc de tous les fragments de papier qui se trouvaient sous sa main. Ainsi nous avons des notes qui sont écrites au verso de prospectus, de bordereaux du comptoir d’Escompte, de la Banque de France, de factures diverses, de notes de restaurant ; d’autres occupent les feuilles restées en blanc des lettres qu’il recevait… » 

Il est alors décrit comme un homme paranoïaque, aigri et misanthrope, retiré du monde, « …un petit vieillard d’aspect bizarre, toujours négligé, qui se traînait plus qu’il ne marchait […]. Il ne causait avec personne attirant seulement l’attention par la singularité de sa tenue et son expression de défiance à l’égard de tout et de tous. » (Albert Réville, Professeur au Collège de France - Les aventures d’une collection).

Ce sont sans doute ces traits de caractère névrotiques, comparés à la généreuse libéralité de Goupil (qui destina d’emblée son acquisition à la Bibliothèque nationale), qui expliquent que l’on ait quelque peu oublié celui qui constitua cette collection en rachetant une partie de celle réunie par Lorenzo Boturini.

Alfred Adler disciple de Freud, fondateur de la psychologie individuelle, explique que l'« on peut comprendre chaque névrose comme une tentative de se libérer d'un sentiment d'infériorité pour passer à un sentiment de supériorité. Mais le chemin de la névrose mène à l'isolement. Détourné en grande partie de la réalité, le névrosé vit dans l'imagination. Il se sert d'un bon nombre d'astuces lui permettant de fuir des exigences réelles et de briguer une situation idéale qui lui permet de se soustraire à la responsabilité et à la performance sociale. Ces libertés et le privilège de la souffrance composent le substitut pour le but originaire (mais risqué) de la supériorité.

 

En 1890, Auguste Génin, homme d’affaires, journaliste, écrivain et mexicaniste présentait une communication intitulée « Collection Boturini-Aubin de manuscrits figuratifs mexicains ». Il y rappelait l’énorme travail de Eugène Boban et l’histoire du sauvetage de cette collection « …quand, heureusement, M. Aubin vint s’établir à Mexico et réussit, à force de persévérance et d’argent à retrouver et acquérir la plus grande partie des documents. Il les apporta en France, à son retour en 1840. […] Oubliée dans une bibliothèque du Ministère, promenée de couvent en couvent, la précieuse collection aurait fini par disparaître complètement en se disséminant dans les bibliothèques particulières.

 

Aujourd’hui au Mexique, toute une nation reconnaît en Aubin, le spécialiste sérieux et fiable, référence de l’américanisme, et l’homme qui lui a restitué son identité.

En 2002, l’Université Nationale Autonome de Mexico, lui a rendu un hommage appuyé pour l’extraordinaire travail réalisé, dont la qualité et la clarté de la présentation didactique ont permis la conservation du patrimoine linguistique et intellectuel de tout un peuple et d’une des cultures mésoaméricaines les plus remarquables.

 

Évoquant l’action de ces hommes d’exception, Auguste Génin concluait :

« …un jour vient où l’on connaît leur œuvre, on l’apprécie, on leur rend justice ; ils ont cru, en leur modestie, qu’ils n’apportaient qu’une très petite pierre à l’édifice de l’histoire de l’humanité, il se trouve parfois qu’ils auraient pu dire comme Horace :

Exegi monumentum (j’ai érigé un monument) ! »

 

Nul n’est prophète en son pays ! Jamais cette expression, tirée des évangiles de Luc et Matthieu, n’aura exprimé avec autant de vérité que les qualités d’une personne sont plus souvent reconnues à l’étranger que dans sa propre patrie.

Sur la façade de l’ancienne mairie de Tourrettes, une discrète plaque commémorative, apposée sous la municipalité Demichelis, garde le souvenir d’un grand contributeur avant la lettre au Programme Mémoire du Monde de l’UNESCO*.

 

L’étrange Monsieur Aubin est mort le 7 juillet 1891, à Callian, à l’âge de 89 ans.

 

*« Mémoire du Monde » est un programme créé en 1992, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), visant à sensibiliser la communauté internationale à la richesse du patrimoine documentaire, à la nécessité d’assurer sa conservation pour les générations futures et à le rendre accessible à un large public.